LE JOURNAL D’UNE CONSEILLERE MUNICIPALE

La vie politique et sociale d’un petit village de la Haute Vallée de l’Aude

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5 juin, 2010

Ce n’est pas moi qui le dis…. »La plupart des Conseils Municipaux sont des groupes paradoxaux où le Maire peut être un professeur de citoyenneté… ou un roitelet »…

Classé dans : Humeur du jour — evelynecodina @ 14:42

Je vous laisse découvrir l’article écrit par un Professeur d’université il y a plus de 15 ans. Comme quoi, l’attitude autocrate des maires de petits villages n’est pas une nouveauté, dommage que nous n’ayons pas lu ce texte avant… En tous les cas, on y retrouve pas mal de concepts que j’ai déjà évoqués dans mes écrits. Maintenant que l’on sait que c’est « normal, comment faire pour y remédier, telle devrait être la question à se poser. 

Une analyse qui reste plus que jamais d’actualité…

Du gouvernement des villages

par Robert Cuq (LE MONDE jeudi 25 mai 1995)Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Au village, le conseil municipal paraît être l’instrument idéal d’une démocratie directe et facile. La petite commune, vraie république ? Pas si simple. Premier paradoxe : aucun groupe n’est plus clairement défini dans sa genèse (mode de désignation) et sa structure (composition, répartition des taches, systèmes de pouvoir). Aucun pourtant n’aura plus de mal à être ou à devenir un véritable groupe….


Le cadre formel est déterminé par la loi : le maire est élu en premier, puis trois ou quatre adjoints. L’ordre d’élection définit une hiérarchie et une répartition des fonctions. A leur tour, des conseillers peuvent être désignés comme responsables de commissions ouvertes à d’autres personnes de la commune, ce qui confère à chacun des heureux “élus” prestige et pouvoir, même si le maire reste au sommet de la pyramide. Cet organigramme est à la fois structure opérationnelle et chaîne formelle du commandement. Or ce réseau crée des zones d’ombre ou d’incertitude autour de points d’articulation qui sont aussi points névralgiques, origine de blocages ou de conflits.
A côté, mais non confondu, le réseau des relations interpersonnelles. Ici la densité affective est forte. Tout le monde connaît tout le monde. Des amitiés existent, parfois anciennes, ou des affinités, idéologiques, confessionnelles ou professionnelles.
Autre dimension : celle des représentations, des images, des idées-forces que la communauté a d’elle-même – voire des fantasmes organisateurs de la vie collective -, zone obscure qu’il faut bien connaître pour conquérir ou exercer le pouvoir. Les élus “parachutés”, mêmes ténors politiques, auront bien du mal à se faire pardonner de “n’être pas du pays”. C’est le monde des rumeurs, terrain par excellence et instrument de bien des manipulations.
Au carrefour de ces trois structures, chaque liste présentée est un sociogramme où ont été croisés les compétences, les amitiés, le jeu des influences et des appartenances idéologiques, connues ou supposées. Mais le scrutin bouleverse souvent ce bel agencement, et le conseil définitif résulte du télescopage de réseaux eux-mêmes plus ou moins organiques. Car même si une liste est majoritaire, sont élues, assez souvent, les têtes des autres listes, rivales pendant la campagne, maintenant contre-leaders de fait, et donc noyaux durs de sous-groupes bien décidés à montrer que ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires qu’ils ont politiquement tort. D’où un groupe composite, préconflictuel, fragile.
La chance du groupe-conseil municipal, c’est la gravité de la situation, le caractère solennel de la circonstance. Le modèle que chacun a en tête dès le premier face-à-face, c’est plutôt le conseil des ministres que “Droit de réponse” ! Mais à l’occasion de cette première rencontre, tout bascule. L’élection du maire – acte symbolique par excellence et cérémonie d’intronisation – par un coup de baguette magique confère à l’un des membres du groupe un statut exceptionnel, un pouvoir quasi monarchique, une aura qui transcende l’acte administratif. L’élection du maire est un sacre…

Deuxième paradoxe : malgré les apparences, c’est le conseil municipal qui va désormais procéder du maire. C’est le maire qui va, ou non, donner à ce groupe autorité, consistance et vie réelle, Tout concourt à cette anomalie, inversion du rapport des forces et piège pour la démocratie. Sitôt élu, le maire n’est plus émanation du conseil, mais représentant de l’Etat ! Officier de police judiciaire, officier d’état civil, il est pratiquement inamovible. Sa destitution est rarissime, et même mis en minorité il n’est pas contraint la démission. Héritage de l’époque où il était nommé par le gouvernement ? Membre du groupe, il se trouve propulsé hors du groupe, au-dessus du groupe.
Comment vivre cette dualité ? Comment ne pas être tenté de faire du groupe l’instrument docile et efficace, l’alibi d’un autoritarisme qui s’ignore (ou ne s’ignore pas !) ? Ce pouvoir régalien, le maire va l’exercer pleinement, et dans l’organisation du travail de l’équipe municipale et dans la conduite et l’animation des réunions, avec tous les moyens que lui donnent la loi et la tradition.. Ainsi, présider le conseil municipal : jouissance suprême, qu’il vit en toute bonne conscience. Entraîné ou non, il pense qu’il a été choisi comme étant le plus compétent, le plus éclairé. Donc ses avis devront logiquement prévaloir. Le plus beau, c’est que tout le monde n’est pas loin de penser comme lui !
De nombreux maires ont signalé avec amusement que leurs points de vue de maire étaient écoutés avec beaucoup plus d’intérêt et avaient plus de poids que lorsqu’ils étaient simples conseillers. D’où le cercle vicieux du pouvoir autocratique. On étonnerait beaucoup certains maires en leur montrant à quel point ils sont directifs (et même répressifs). Beaucoup, interviewés, disent n’éprouver aucune difficulté avec leur conseil. “Ça marche tout seul, y a bien eu une opposition, au début…” Rien de plus ambigu que le fameux consensus !
Si toutes les décisions sont préparées dans le secret du cabinet du maire, le conseil municipal n’est plus qu’une chambre d’enregistrement, où l’on vote très vite et sans débat. Si, lors des réunions, le “bon” maire conduit si fermement son groupe qu’il fait toujours prévaloir son point de vue ; après un pseudo-débat, il n’obtient bientôt plus qu’un pseudo-consensus. Ou bien les conseillers ne prendront même plus la peine d’exprimer une opinion contraire, ou bien ils déserteront des séances qui se ressemblent toutes et ressemblent toutes à un one man show.

En vertu du principe : il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints, on harcèle le maire. Le conseil municipal, court-circuité et amer, lui renvoie tous les quémandeurs, et le maire se renforce dans l’opinion qu’il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes. “Ah, si je n’étais pas là” ! Du coup, dans le village se développe l’idée que le maire est très bien mais qu’il est mal secondé. Il devient intouchable, comme le “pacha” dans la marine. Tout ce qui ne va pas, c’est la faute du second. Le commandant, lui, n’est pas responsable… Ah ! si le roi savait ça, disait-on autrefois. Il en résulte des effets pervers : favoritisme, clientélisme, circuits parallèles. La loi de décentralisation, qui a renforcé les pouvoirs du maire, a accru ces dangers. Aux modèles anciens ont succédé des maires “entrepreneurs” quelquefois plus soucieux de rentabilité que de bonheur, de béton que de qualité de vie. Un peu technocrates ? Mais après tout mieux vaut un technocrate intelligent (il y en a…) qu’un politicien imbécile ou malhonnête. Et maintenant, les maires-patrons du deuxième type, directeurs des ressources humaines de leur cité ? Disons que le maire doit être au moins un spécialiste de la complexité, apte à débrouiller des situations difficiles, un bon connaisseur de l’âme humaine, pour tirer de chacun le meilleur ; un négociateur hors pair, capable successivement de souplesse et de rigueur, de flexibilité et d’intransigeance, et surtout un chef d’équipe. Mais pas par un don du ciel : par une pratique permanente de la transparence. Si le maire assure au sein du conseil écoute active et sincère, répartition des tâches et des responsabilités, n’impose pas mais propose et délègue, cela se sait ! Et il y a des chances pour que cet état d’esprit s’étende au corps des citoyens. Bien des maires l’ont compris, qui sont des “politiques” au sens fort du mot. Ils contribuent ainsi à développer une forme enfin active et supérieure de citoyenneté ; et de conscience politique, “la plus haute forme de conscience” selon Rousseau.

Robert Cuq est professeur de psychologie sociale à l’Université René-Descartes (Paris-V).

Une réponse à “Ce n’est pas moi qui le dis…. »La plupart des Conseils Municipaux sont des groupes paradoxaux où le Maire peut être un professeur de citoyenneté… ou un roitelet »…”

  1. Alain Mercadier dit :

    Bonjour,
    Passant souvent à Rennes les Bains, j’avais l’habitude de lire votre blog concernant la vie municipale…
    Mais depuis juin, plus rien !
    Que devenez vous ?
    La vie politique s’est elle endormie dans la station thermale ?

    Cordialement.

    A. Mercadier

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